Polémiques sur les livres scolaires : Chapeau bas madame Benghabrit !

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Souvent critiquée mais jamais prise à défaut, la ministre de l’éducation nationale, Nouria Benghabrit, est devenue en l’espace de quelques années la cible préférée des islamistes et des conservateurs. Attaquée de toutes parts, 

Sa rigueur et sa fermeté dans la mise en œuvre de ses décisions, notamment face aux syndicats, lui ont valu le surnom de « Dame de fer ». Une attitude qui dérange plus d’un sein de la société algérienne, proie au machisme et à la soumission et au paternalisme total de la femme.

D’ailleurs, c’est à cause de son tempérament de battante, digne d’une vraie femme algérienne, que la ministre de l’éducation dérange. Courageuse et cohérente, Nouria Benghabrit avance droit devant contre vents et marées, et fait avancer, par la même occasion, l’éducation nationale, un secteur au quel elle a donné un souffle nouveau.

La polémique trouve son origine dans l’une des recommandations issues de la Conférence nationale sur l’évaluation de la mise en œuvre de la réforme du système éducatif algérien tenue les 25 et 26 juillet 2015. Cette recommandation, qui n’est en réalité que l’institutionnalisation et l’encadrement d’une pratique non formelle mais tolérée, a été faite par des experts algériens partis du constat que les élèves rencontrent des difficultés à maîtriser les langues nationales et étrangères. Celle-ci propose l’usage par les enseignants des langues maternelles au cours du cycle préparatoire et des deux premières années du cycle primaire. Parmi les arguments avancés par les pédagogues, psycholinguistes, neurolinguistes et orthophonistes, il est important de ne pas choquer l’écolier avec une langue arabe littéraire qui en réalité est une nouvelle langue pour lui, le but étant d’éviter que l’enfant se braque et se referme sur lui-même. L’argument tient compte de la diglossie existant dans la société algérienne (principalement entre derja et arabe classique).

La réaction à cette recommandation ne s’est pas faite attendre, en effet une compagne virulente ininterrompue émanant notamment de puristes conservateurs et de députés de la coalition islamiste Alliance Verte qui s’en sont violemment pris à la ministre. Ils ont ainsi réclamé « le départ immédiat » de la ministre à travers certains médias arabophones et les réseaux sociaux. Ils assimilent « sa décision » (qui est dans les faits la proposition d’experts présents à la Conférence nationale évoquée) de remplacer l’arabe classique par la darja « à une tentative de nuire à l’arabe, qui est la langue du Coran, de l’islam et du peuple algérien ».

Cette polémique infondée voulant que l’arabe classique soit remplacé par la derja a perduré, même après le démenti fait par la ministre à travers les médias lourds et ses comptes Facebook et Twitter dans lesquels elle a aussi rappelé que le secteur de l’éducation et sa personne sont sujets à rumeurs et désinformation perpétuelles depuis sa nomination au poste de ministre. Elle a ainsi déclaré « qu’il ne faut pas tromper la société »Certains journaux sont allés jusqu’à déformer les propos de Benghabrit qui s’interrogeait lors d’une interview du faible niveau en arabe de certains élèves issus d’environnements arabophones et inscrits dès leur jeune âge à l’école coranique. Ces journaux ont publié des titres affirmant que la ministre a traité les élèves ayant eu un passage par l’école coranique de faibles en matière de niveau scolaire, une désinformation aberrante sachant qu’il est aisé de vérifier cela à travers la vidéo de la conférence de presse.

Depuis, la ministre de l’éducation devient la cible préférée des islamistes. On a d’abord tenté de saboter l’édition du Bac 2016, en faisant sortir les sujets des épreuves sur les réseaux sociaux, une manœuvre qui venait très certainement d’une taupe à l’intérieur du ministère qui espérait alors provoquer la destitution de la ministre. Rien n’y fait, le gouvernement maintient Benghabrit à son poste et celle-ci gérera parfaitement la situation avec sa poigne habituelle.

Plusieurs polémiques s’en suivront à l’égard de la ministre, la dernière en date étant le retrait de la »Basmala » qui a provoqué l’ire des islamistes via l’association des oulémas qui est monté au créneau en pondant un communiqué virulent envers Benghabrit, rappelant que la formule « bismillah errahmane errahim » fait « partie de nos constantes ». L’association des oulémas a même appelé à la tenue d’un rassemblement pour « dénoncer une agression contre notre identité et nos enfants ».

Cependant, fidèle à ses habitudes, Nouria Benghabrit mettra à cette polémique avec fermeté et intelligence en rappelant que La « Basmala » n’ouvre pas tous les manuels scolaires de l’école algérienne émis depuis l’indépendance, y compris dans certains rédigés par l’ancien président de l’association des oulémas musulmans, Abderrahmane Chibane, a affirmé dimanche 10 septembre la ministre de l’Education Nouria Benghebrit.

« Nous avons jeté un coup d’œil sur les manuels scolaires depuis 1962 à nos jours. Eh ben « bismillah » n’existe pas partout », a affirmé Mme Benghabrit. Et d’ajouter: « Elle n’existe pas partout, y compris dans des manuels qui ont été rédigés par l’ex-président de l’association des oulémas, qui était le docteur Chibane » (vidéo en haut de l’article, à partir de 22:05).

Elle a cependant indiqué que les manuels de l’éducation islamique contiennent depuis toujours « Bismillah » et de façon obligatoire.

Pour elle, cette polémique à des fins idéologiques avant l’échéancier des élections locales de novembre 2017. Elle a appelé à cesser d’instrumentaliser l’école politiquement.

La rédaction